Chapitre 8 : « Constat. »

Tu m’as écrit aujourd’hui, mais j’ai décidé que je ne te répondrai pas. « Te lire me touche », tu m’as dit. J’ai souri. Tu sais, quand j’ai vu ton nom apparaître sur mon téléphone, mon coeur a commencé à battre si fort que j’en ai eu mal. Tu as bien fait de ne pas appeler car cela me permet d’agir avec du recul et beaucoup plus d’intelligence. Je veux que tu saches que tu pourras toujours compter sur mes épaules pour te reposer. Avance et sois heureuse.

Je t’embrasse.

Il faisait beau et bon. Un temps idéal pour célébrer la vie. Je sentais les rayons du soleil pénétrer délicatement mes pores et la douceur de l’aquilon chassant les cirrus caresser ma peau. J’avais pris soin de me garer un peu plus loin pour attendre et profiter de la tendresse du bruissement des feuilles sur les arbres. L’été était arrivé depuis maintenant quelques jours, il n’en faisait aucun doute. Les pétales dansaient et illuminaient le paysage de leurs mille-et-une couleurs. C’est clair, c’était un temps idéal pour célébrer la vie.

Un peu plus loin, l’atmosphère était lourde. Le soleil semblait se moquer de la peine et le bruit du vent dans les arbres imitait le son de la pluie. De noirs vêtus, tous ces gens attendaient sans un mot. Quelques groupes de personnes s’étaient formés, mais aucun ne bronchait plus fort qu’un autre. Nous entendions parfois un râle de tristesse s’élever, puis s’évaporer aussitôt. Certains risquaient un coup d’oeil vers ta famille, mais se ravisaient très rapidement de peur de croiser leur regard. En fait, la plupart d’entre-eux avaient la tête baissée. J’imagine que comme moi, ils imaginaient des formes piégées dans le goudron qui brillait. Jamais le sol n’avait été autant contemplé.

Je retrouvais mes amis et remarquais que leurs yeux étaient humides et plein de sang. Une bonne partie de l’école était présente, nombreux étaient ceux que j’avais seulement croisés dans les couloirs. Nombreux étaient ceux qui ne te connaissaient pas. Pourtant ils avaient l’air touché et beaucoup plus tristes que je ne l’étais. Leur avais-tu seulement déjà parlé ? En colère contre mon absence de sentiments, j’en suis venu à me dire qu’ils étaient là pour se donner un genre. Tss, ridicule.

Cette église aux portes béantes me donnait l’image d’un monstre à la gueule grande ouverte. Malgré cela, les malheureux convives et moi entrions sans hésiter dans son estomac pour y organiser notre deuil. L’air était froid. Tout au fond, dans ta chambre en bois, tu dormais paisiblement. Plus j’avançais vers toi, plus l’odeur de la poussière était remplacée par l’horrible parfum du muguet. Je m’installais, la boule au ventre. Dans peu de temps, j’entrais en scène. Même si je ne ressentais rien de particulier vis-à-vis de ton décès, j’ai fait de mon mieux pour t’écrire quelque chose de beau.

Juste avant que je ne sois appelé, ton père s’est avancé pour prendre la parole. Sa voix était rauque et tremblante. Mec, il était complètement abattu. Ce n’est plus ton père que je voyais en face de moi, mais le mien. Je souffrais de ne pas réellement pouvoir partager avec lui le supplice qu’il vivait et de ne pas avoir le pouvoir le consoler. En fait, j’étais juste impuissant face à tout cela. Le rôle que je m’étais créé avait complètement volé en éclat, car ça me faisait mal de le voir si désespéré face au terrible constat que tu ne reviendrais jamais plus.

Jamais je n’aurais cru voir son visage en pleurs recouvert de ses mains. Une figure que je voyais pourtant si forte. Maman… je sais que Papa a parlé pour toi car tu n’en avais pas la force, pardon de t’infliger cela. Je ne sais plus si je vous ai dit que je vous aimais avant de partir. Si ce n’est pas le cas, je vous en prie, n’en doutez pas.

« Nous allons maintenant appeler Raphaël, qui aimerait rendre un dernier hommage à Victor. » soufflait le vieil homme, en face de nous. Tout ce que j’ai blablaté ensuite n’avait aucun sens, car j’étais absent. En réalité, ces paroles n’avaient aucune valeur car la personne que j’avais vue morte ce jour-là, c’était moi. Après avoir enfin terminé ce discours que j’ai vécu comme un véritable supplice, ma musique retentissait sous les voûtes où nous nous sommes tous recueillis une dernière fois. J’avais honte de ce spectacle.

Je n’ai rien d’autre à ajouter. Merci de me lire.

Raphaël.

Si tu souhaites être averti-e de la suite de cette histoire, ça se passe ici :

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